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Generation X – “Promises Promises”: c’est la fin de l’été

Quel meilleur moment que le mois de septembre pour se vautrer avec indolence dans la nostalgie ? Il fait encore trop chaud pour suivre le rythme effréné de la “reprise” collective de toute façon. Au hasard d’un achat en brocante, réécouter “Promises Promises” de Generation X c’est se (re)plonger dans une musique qui va entièrement de l’avant mais avec un petit fond de vague à l’âme.

Plantée au milieu de Generation X le disque, “Promises Promises” est comme une déclaration bravache à l’intention de tous les gens qui n’ont pas cru au destin du groupe, et qui fait en même temps le constat de sa propre impuissance. L’attaque est moins frontale que sur les autres titres de l’album, exception faite de “Kiss Me Deadly” qu’on croirait sortie d’un disque des Replacements. La chanson paraît vouloir se mesurer aux compositions pleines de surprises des Who dans les sixties et prend le temps d’enchaîner ses différentes phases avec la batterie de Mark Laff comme fil conducteur. Peut-être parce que Billy Idol est le compositeur principal du groupe, ses lignes de chant harmonisent autour de la guitare avec sa voix éraillée à fleur de gorge qui rappelle à quel point les acteur·ice·s de la première vague du punk anglais étaient jeunes. A peine dans leur vingtaine, les musiciens de Generation X jettent sur leurs années de galère un regard plein de nostalgie et de frustration enfin assouvie.

A la fois membre du Bromley Contingent, le groupe originel de fans des Sex Pistols, et issu de la formation Chelsea qui jouait de la pop 60s, Billy Idol encapsule bien la position intermédiaire qui est celle de Generation X, un pied dans la première vague du punk rock et l’autre dans le passé immédiat de la pop culture anglaise. Quand le groupe chante “Ready Steady Go”, il célèbre les icônes de la télé britannique de son enfance. Quand The Clash chante “No Elvis, Beatles or The Rolling Stones in 1977“, Generation X professe son amour pour “The Beatles (…) The Stones (…) Bobby Dylan” et les deux groupes entendent bien dépasser ces références. Le sens mélodique du groupe qui le rapproche des Ramones est aussi ce qui lui sera reproché, exactement comme Green Day quelques années plus tard. La mention “no session musicians” dans les notes de pochette ressemble à une manière de conjurer leur image de poster boys du punk.

Même dans les moments passés à la postérité comme des instants de rupture, la pop a toujours un œil qui scrute le rétroviseur. Emmanuel Chirache a très justement écrit que “le punk court après l’âge d’or des fifties (…) le punk, lui, ne cesse d’avoir des arrière-pensées” et c’est ce qui ne le rend que plus émouvant. Même en prétendant fossoyer les idoles passées le temps de “Your Generation”, Generation X déclare sa flamme à son propre petit âge d’or situé entre 1963 et 1966, soit la période où l’émission Ready Steady Go a vu défiler les pop stars. Réécouter le premier album de Generation X, c’est se souvenir que le punk n’a jamais été ni une table rase ni une génération spontanée. En revanche, il est tiraillé entre le goût d’un certain canon pop et l’envie irrépressible d’aller de l’avant. C’est ce que je crois entendre dans la coda finale de “Promises Promises” où Billy Idol répète ad nauseam “promises promises promises remember“, son chant englué avec la guitare de Bob Andrews dans le souvenir de ce qui n’a jamais vraiment existé, pendant que la basse fait sa vie et continue à accélérer en route vers le futur.

Un peu oublié aujourd’hui, Generation X semble parfois anticiper certains pans de l’indie rock et du punk qui viendront plus tard, que ce soit la frustration étranglée de Paul Westerberg (avec ou sans les Replacements) ou la science des chœurs pour enluminer la pop à grosses guitares perfectionnée par Blink-182.